Des nouvelles
Ces derniers jours, j’ai continué à écrire le scénario d’un court-métrage de fiction que j’ai commencé il y a plus d’un an. Je l’avais mis de côté, car je devais finir mon deuxième roman (dont l’écriture est à présent terminée, mais qui est toujours dans l’antichambre des livres ; il attend) (il est sage, il se tient à carreaux).
J’ai appris, ces dernières années, que les textes que l’on commence et qui nous tiennent à coeur ne se perdent pas. D’une manière ou d’une autre, ils reviennent – sous forme de bribes de dialogues, de notes éparpillées dans un téléphone ou de rêves. Si possible, il faut essayer de les conserver. C’est notre inconscient qui cherche et pousse et nous montre ce qu’il faut que l’on écrive. Enfin, c’est ce que je crois.
J’ai aussi amorcé l’écriture de mon troisième roman, auquel je pense depuis quelques temps. Il s’est présenté à moi par la tête, disait Pierre Michon.
Je repense à cette phrase de Keny Arkana : Si mon coeur était mon fonds de commerce, je t’aurais sorti un album par année. C’est pareil pour les romans, ou les scénarios. Mais le reste autour (le monde de l’édition, le financement des films, etc) est si énorme et complexe, une énorme machine à mille bras qui doivent s’articuler l’un après l’autre, que montrer ce qu’on écrit relève parfois du miracle. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’écris ici. Pour être moins isolée, et pour donner des nouvelles, pour dire aux personnes que ça intéresse ce qu’il se passe, dans ma vie, quand j’écris.
Le court-métrage se situe à Rome. Le troisième roman, s’il s’agit bien de ce que j’ai en tête (j’envie d’ailleurs les autrices et les auteurs qui partent avec un plan précis de leur roman et ne s’en écartent que peu – par exemple, l’idée de mon deuxième roman est venue à la lecture d’un article datant de 1990 sur un épisode très court, et tragique, de la jeunesse de Jean-Louis Trintignant ; et finalement, trois ans après, je peux dire que mon deuxième roman raconte deux mois d’été d’une très jeune comédienne), le troisième roman, donc, se déroule aux Etats-Unis. Bref, les lieux sont importants. Ça ne veut pas rien dire. Mais encore une fois, j’ignore si ce que j’ai en tête pour ce texte sera ce qu’il en ressortira vraiment. J’ignore si, lorsque je l’aurai fini, dans un an, ou deux, ou trois, ou cinq, le roman se déroulera encore aux Etats-Unis.
Sinon, le monde s’effondre, si tant est qu’il ait plus ou moins tenu debout un jour.
Les gens de l’art et de la culture cherchent de l’argent. Je n’échappe pas à la règle.
Je vais aller marcher dans le Vercors.
La dernière fois que j’ai marché seule, c’était dans le Sahara algérien, à la frontière de la Lybie et du Niger. Je n’étais pas vraiment seule. Nous étions six. Mais j’avais laissé derrière moi un bébé d’un an, sans aucune manière d’avoir de ses nouvelles pendant une semaine, et c’était la première fois. Je me sentais seule, et libre, j’avais un peu peur et j’aimais ça. J’étais en compagnie de celui qui est devenu mon ami, le photographe Paul Rousteau. Il ne sait pas, je crois, ce que ce voyage a symbolisé pour moi. Mais je suis heureuse de l’avoir fait à ses côtés, dans une partie du Sahara algérien qui a été très longtemps fermée aux ressortissants étrangers, et qui, depuis notre retour, est devenue à nouveau dangereuse. Je me rappelle qu’après plusieurs heures de marche, je ne pensais plus qu’au fait que je marchais ; que les paysages devenaient insignifiants, aussi beaux et grandioses étaient-ils ; que je ne regardais plus que mes pieds, et le sable, que le sable s’infiltrait partout, et que certains soirs, je haïssais le sable.
Je vous laisse.
Bye.



